Dans la plus pure tradition du combat syndical, figure en bonne place, en plus de la défense des intérêts des travailleurs, la défense de « l’outil de travail », au sens large de toutes installations professionnelles permettant d’exercer un métier. Pour preuve , les mouvements de protestation déclenchés ici et là de par le monde pour s’opposer à des tentatives de privatisation ou de liquidation d’entreprises par exemple.
Pour les praticiens spécialistes de la santé publique, l’ « outil de travail » est représenté par le secteur public de santé, et plus particulièrement l’établissement public hospitalier. Il est du plus haut intérêt des praticiens spécialistes de la santé publique que le secteur public de la santé jouisse d’une pérennité et d’une solidité à mêmes d’offrir à la population les meilleurs soins de santé possibles, mais également, et les deux vont de pair, d’offrir aux professionnels de la santé les meilleures conditions socio-professionnelles possibles tout au long de leur parcours professionnel jusqu’à une retraite décente.
Or, il devient de plus en plus évident que le secteur public de la santé se trouve gravement menacé dans sa survie même, Menacé non pas en raison de quelque tare intrinsèque, mais par par une concurrence déloyale exercée par le secteur privé de la santé, qui opère un siphonnage sans contre-partie de la ressource humaine. Le personnel le plus qualifié, est formé dans le secteur public, y forge son expérience professionnelle, puis la met au service du secteur privé, qui en retire les dividendes , souvent contre un salaire qui n’est pas à la hauteur des compétences engrangées pour cause de travail au noir, mais qui demeure néanmoins largement compétitif par rapport aux maigres salaires offerts par le secteur public.
Les conséquences sont là : des segments de soins spécialisés sinistrés dans le secteur public, en particuliers certaines spécialités chirurgicales, dont la gynécologie obstétrique, et les explorations en particuliers l’imagerie. Même les plus grands centres hospitalo-universitaires peines à constituer des équipes spécialisées. Que dire alors des hôpitaux de l’intérieur du pays qui seraient totalement déserts si ce n’était le service civil, qui ne permet d’assurer dans la plupart des cas qu’une présence aussi éphémère qu’inefficace.
Cette “attractivité” du secteur privé s’est trouvée amplifiée par le recours devenu incontrôlable à la double activité des personnels ( activité complémentaire) bien au-delà de ce que permet la réglementation. L’autre canal , devenu visible du fait de l’actualité récente et qui accroît cette tendance est le dispositif de la retraire « anticipée ».
La retraite anticipée est un dispositif déguisé de compression d’effectif préconisé par les instances monétaires internationale dans une conjoncture d’endettement important du pays dans le cadre des politiques d’ « ajustement structurel » menées dans les années 90. Les conditions ayant présidé à la mise en place de ce dispositif n’étant plus là, il est logique que cette disposition disparaisse, d’autant qu’elle met en péril l’équilibre financier de la caisse des retraites, laquelle, pour la pérennité même du système de retraite , gagne à voir la population en activité maintenue à son plus haut niveau. Il serait irresponsable de notre point de vue, de se cloîtrer dans une logique de partage de la rente pétrolière, qui comme le démontre la conjoncture actuelle, est des plus imprévisibles… en prenant délibérément le risque d’hypothéquer l’avenir des futurs retraités.
Pour cette raison, le SNPSSP ne peut faire du maintien de la retraite anticipée une revendication centrale , d’autant qu’en tant que syndicat, il est plus souvent confronté à des demandes de ses adhérents de prorogation de l’âge de départ à la retraite au-delà de 60 ans.
Mais au-delà de la logique corporatiste, le SNPSSP ne peut cautionner la demande de maintenir un dispositif qui contribue au démantèlement du secteur public de santé. En tant que syndicat, le bon sens voudrait que l’on travaille à renforcer son secteur d’activité pour garantir les meilleures conditions de travail pour ceux qui restent, plutôt que de demander le départ précoce à la retraite de travailleurs au motif qu’ils sont fatigués ( notion largement galvaudée et qui gagnerait à être appréciée sur une critériologie rigoureuse plutôt que par des discours populistes) au lieu de lutter pour l’amélioration des conditions de travail de ceux qui restent. Car , cela est évident du moins dans le secteur de la santé, la retraite anticipée compliquera à coup sûr le travail de ceux qui restent et accroîtra d’autant la pénibilité de leur travail. De ce fait même, élever cette mesure de compression d’effectifs au rang d’acquis social est un défi à la logique et au bon sens !
Et ce n’est certainement pas la vocation d’un syndicat que de demander à préserver des organisations du travail qui usent les travailleurs prématurément, en leur offrant comme compensation une mise à la retraite précoce, mais au contraire de lutter pour leur permettre de travailler , dans de bonnes conditions, le plus longtemps possible.